Biographie de Nëggus & Kungobram :

Tout a commencé comme par hasard, ou presque, comme souvent dans les bonnes histoires. Au début 2009, le slammeur Nëggus cherche un groupe pour mettre en musique ses textes. De leurs côtés, les musiciens de Kungobram souhaitent accompagner un auteur original. Pas de doute, il était écrit qu’ils étaient faits pour se rencontrer : le premier laisse un message sur le MySpace des seconds : “J’aime ce que vous faites, si ça vous dit on peut faire quelque chose un de ces quatre…” Ni une, ni deux, ni même quatre, Kungobram le prend aux mots. Autour d’un café, une amitié naît, une histoire de feeling et de sentiments partagés. Entre eux, il y a beaucoup de matières à échanger : la parole et la musique, la France et l’Afrique, les rimes acérées de l’un et les rythmes afûtés des autres, l’envie d’aller au-delà de l’éphémère pour écrire une nouvelle page de leurs histoires.

Comme dans toute bonne histoire, il y eut un avant d’en arriver là, un nécessaire prologue. Celui de Nëggus débute au tournant des années 1990, avec la découverte du rap, puis la conversion au slam dix ans plus tard. Natif du Togo, débarqué en France, il adopte pour nom de scène Nëggus, hommage au roi des rois éthiopien, symbole de la dignité de tout un continent. En 2004, il fonde avec quelques autres le collectif Chant d’Encre qui porte sa parole sur le terrain de l’engagement : projet autour de la mémoire sur le génocide rwandais, soutien aux sans-papiers, lutte contre la Françafrique et ses petits arrangements et grands détournements entre copains… Il ne masque pas les maux. Pareil désir se retrouve autrement formulé par les musiciens de Kungobram, un ancrage sur le terrain plus que des fantasmes déconnectés de toute réalité. À la génèse de ce groupe, il y a la rencontre en 2007 de Guillaume Duval et Yan Lebreton, qui étudient alors le bambara à l’Inalco, tout en pratiquant respectivement la contrebasse et le kamalengoni, l’instrument à cordes des jeunes peuls du Wassolou. Benjamin Moroy, balafoniste et ami de Yan, les rejoint très vite. Le trio sera bientôt complété par le saxophoniste et pianiste Adrien Roch, qui apporte un souffle jazz, et le batteur Jean-Christophe Bénic, lui aussi sur les bancs de l’Inalco, mais aussi derrière les fûts et les toms, où il peaufine une science des rythmes mandingues. Tous, Nëggus et Kungobram, ont en commun un amour de la Great Black Music, cette bande-son qui va des griots traditionnels qui chantent les légendes de l’empire de Sundjata aux chantres urbains qui déchantent d’autres vérités. C’est tout cela qui se retrouve dans leur bande-son, singulièrement multiple, à l’image de ceux qui la composent, de celui qui en écrit les mots. “La musique permet d’adoucir un propos en permettant à l’auditeur de se concentrer sur le message… Et surtout, le fait de mêler musiques et textes m’oblige à concevoir le tout comme une oeuvre artistique et non comme un discours ou un pamphlet.”

Il était écrit que cette belle histoire ne s’arrêterait pas en si bon chemin. Après trois ans et une cinquantaine de concerts, ce disque arrive à point pour graver leur vision du monde, une version originale qui ne se limite jamais à un registre confiné. “Au départ, Nëggus nous a donné un recueil de textes, “La Planète des songes”, qui s’est mué progressivement pour arriver à cet album. Notre méthodologie, c’est surtout les mots avant la musique. Pas de formule consacrée, pas de format calibré, mais un désir avoué de favoriser l’oralité du texte, l’improvisation, live and direct, une écriture instantanée qui permet de mettre en relief le verbe délié de Nëggus, dont le micro s’ouvre à tous les registres. Tambour de bouche ou ballade douce-amère, accents trépidants ou suspensions plus graves, il multiplie les voies pour conter cette histoire aux traits autobiographiques, les visions d’un fils d’Afrique qui vit au-delà du périphérique. S’y mêlent en un même élan souvenirs de l’enfance et désirs d’aujourd’hui, délires et des larmes d’un enfant né là-bas et grandi ici bas, doux rêves et rude retour à la réalité. Au diapason de telles intentions, la bande-son échappe tout autant aux conventions d’usage pour servir au plus près l’à-propos du message. “Ecrire, c’est déjà un engagement en soi ; porter ses textes dans la musique, c’est donner la parole à une force et une énergie supplémentaires.” Saxophone en échappées libres et batterie en mode percussions, rythmique tellurique et mélodie onirique, le quintette emprunte nombre de chemins, du jazz éminimment spirituel et de la soul au parfum d’éternel. En un mot, du social groove qui sublime cette histoire, la sienne et la leur, la nôtre aussi. Histoire de délivrer leur visions du monde tel qu’il se joue, sans détours ni faux semblants, avec juste les armes et les lames de la prosodie.

Jean-Christophe Bénic : Batterie / Guillaume Duval : Contrebasse / Yan Lebreton : Kamalengoni /Adrien Roch: Saxophones, Piano / Benjamin Moroy : Balafon,Vibraphone, Batterie